Alors
que la réforme des retraites est actuellement en débat à
l’Assemblée Nationale et la loi sur la décentralisation
dans l’éducation prise en main par un Nicolas Sarkosy super vitaminé,
la mobilisation semble à bout de souffle avec une nouveauté,
l’émergence de contres manifestations ! Les syndicats promettent
l’Eté indien avec en ligne de mir à la rentrée,
les retraites et la décentralisation mais aussi la future réforme
de la sécurité sociale.
Les journées
de mobilisations se suivent et se ressemblent, à ceci près qu’avec
l’arrivée du baccalauréat, le gouvernement semble vouloir
se porter au chevet d’une France « fatiguée ». Fatiguée
parce que les salariés du public accompagnés d’une certaine
frange du privé, refusent une réforme des retraites dont les
contres projets ne parviennent pas à émerger ou à se
faire entendre. Fatiguée parce que le coût pour les entreprises
fait tourner les têtes, fatiguée de voir naître une impression
de tourner en rond, fatiguée de voir une catégorie de personnel
préférant prévenir que guérir, fatiguée
parce que le débat au parlement vire au « Petit théâtre
de Bouvard » - en moins drôle - et fatiguée enfin parce
que des milliers de gamins auront eu matière à stresser plus
que n’importe qui, se voyant entraînés dans une mayonnaise
que nul syndicat dans l’éducation n’avait finalement envie
de faire prendre. Huit mille, c’est le chiffre du nombre d’amendements
que l’opposition parlementaire a déposé ; le gouvernement
ayant pour sa part décidé de ne pas passer en force en laissant
au placard l’article 49.3, transformant ainsi l’Assemblé
Nationale en probable résidence d’Eté de nos parlementaires.
Si d’autres initiatives du type de la journée d’action
nationale d’hier ont déjà eu lieu, les plus intéressantes
restent à ce jour les deux journées de mobilisation des 10 et
12 juin dernier.
Une semaine symbolique s’il en est et une question : Va-t-on brader
ou saborder le sacrosaint Baccalauréat ?
Acte
I d’une semaine sociale
Au lendemain de la journée d’action nationale du 11 Juin dernier,
on constatait un léger tassement du mouvement. En France les manifestants
étaient un peu plus de 450 000 selon la police, 1 500 000 selon les
syndicats. En Franche Comté la mobilisation est restée raisonnable.
Il y avait environ 2.000 manifestants à Montbéliard, 1.000 à
Belfort, 500 à Vesoul et 4.000 personnes à Besançon ;
un rassemblement Bisontin qui s’est terminé devant les locaux
du MEDEF et des manifestants qui sont allés jusqu’à envahir
les voies ferrées de la gare, retardant ainsi le TGV en direction de
Paris de près d’une heure. Dans l’enseignement le dialogue
entre le gouvernement et les syndicats s’est renoué. Même
s’il persiste des divergences profondes, les syndicats ont affirmé
qu’il n’y aurait pas d’obstruction au passage du bac. On
ne pouvait pas en dire autant pour les épreuves du BEP, ce même
jour en effet, au lycée Diderot de Bavilliers dans le Territoire de
Belfort, on a dû faire appel au renfort de personnel non enseignant
puisque 50% des professeurs était en grève. Les candidats ont
finalement, avec un peu de retard, réussi à plancher sur leurs
sujets. Au soir du premier acte social de la semaine dans l’académie
du Doubs on relevait entre 15 et 30% du personnel enseignant en grève
et une pointe à 60% pour le personnel d’orientation. Comme cela
le laissait présager, dans la soirée le gouvernement lâchait
du lest en décidant de laisser les psychologues, les personnels d’orientation
et les infirmières dans le giron de l’éducation nationale.
Aucun changement, en revanche, pour le personnel ouvrier, les fameux TOS,
qui eux resteront décentralisés. Enfin, le soir même le
ministre de l’éducation Luc Ferry justifiait comme un transfert
et non comme le fait de mettre la main à la poche le déblocage
de 80 millions d’euros sans autre explication, pour les activités
pédagogiques à la rentrée prochaine.
Les «
pour » s’expriment.
Du coté des usagers certains exprimaient leur ras le bol. En marge
de ce mouvement, à l'appel de dix organisations syndicales, patronales
de Franche-Comté un rassemblement était organisé dès
le lendemain à Besançon, afin de dénoncer « la
prise d’otage » opérée selon eux depuis quelques
temps
« par une minorité ». Un ras le bol qui s’est officialisé
il y a 15 jours à Paris avec un rassemblement de plus de 30.000 personnes
qui ont appelé le gouvernement à tenir. Ironie de cette journée
dominicale un retraité, ancien de la CGT appelant ses ex-camarades
à rentrer dans le rang se justifiant, qu’en son temps, les siens
n’avaient pas remplis leur mission – chacun appréciera
d’autant que l’on sait que certains pans du projets Raffarin ont
été repris de la réflexion et des rapports élaborés
sous le gouvernement Jospin.
L’argent
reste le nerf de la mobilisation
Si le personnel de l’éducation s’était jusque là
montré fortement mobilisé contre la réforme des retraites,
mais aussi et surtout contre les projets de décentralisation dans les
transports, les grévistes étaient très peu nombreux.
Il faut dire que beaucoup de ces salariés en étaient à
leur 12ème journée de grève. A Besançon les bus
de la société GINCO roulaient normalement, comme à Montbéliard.
A Belfort enfin un seul conducteur gréviste était répertorié.
A la SNCF, le mouvement était moins suivi par rapport aux précédentes
journées d’action. La mobilisation était de moins de 30%.
A la Poste enfin, quelques guichets étaient fermés, mais on
ne notait pas de perturbation majeure, comme en Haute-Saône où
selon la direction de la Poste, le taux de participation était de 1%
à 9 heures. En Haute-Saône toujours, l’inter syndicale
Navigation Rhône-Saône CGT-CFDT qui était en grève
illimitée, avait voté la reprise du travail évacuant
ainsi les écluses de Gray, Luxeuil et Dôle jusqu’alors
occupées - un mouvement qui risque de ne pas être sans conséquence
sur la saison estivale, les professionnels du tourisme craignant en effet
une baisse des réservations. Enfin, 24 heures plus tard s’était
au tour des policiers de manifester. Le syndicat national des policiers en
tenue appelait lui aussi à une mobilisation pour la défense
des retraites.
Acte
II d’une semaine sociale.
Le jeudi 12 juin marquait la 7ème journée de grogne sociale.
Nul doute que tous les regards se sont portés sur la première
épreuve du baccalauréat : la philosophie. 511.000 étudiants
en France dont 9.000 en Franche Comté étaient invités
à plancher sur « Le bonheur est il une affaire privée
? » « La vérité dépend elle de nous »,
ou « le dialogue est-il le chemin de la vérité ? ».
Même si les syndicats d’enseignants n’avaient pas appelé
au boycott des examens, aux lycées Courbet et Condorcet de Belfort
les enseignants avaient mis en place dès le matin des piquets de grèves
devant la grille d’entrée.
A Besançon, des enseignants
réunis la veille en Assemblée Générale avaient
décidé de ne pas participer à la surveillance des épreuves.
Les enseignants prévoyaient même à la sortie de l’épreuve
de sur noter les copies au moment des corrections, une annonce que les plus
radicaux n’ont pas manqué de monter en épingle allant
jusqu’à faire des parallèles un peu rapides avec les soldes
opérés en 1968. Des enseignants qui se sont en tout cas rendus
au rectorat dans la matinée et appelaient à un rassemblement
dans l’après midi à Chamart. Aucune entrave à l’accès
aux salles d’examen n’a donc été relevée.
Seule les enseignants non grévistes sont entrés par la petite
porte afin d’éviter tout contact avec leurs homologues grévistes.
Selon les chiffres du rectorat on a compté pour cette journée
entre 8 et 10% de professeurs grévistes. Des enseignants qui étaient
allés la veille à la trésorerie pour négocier
la suspension des prélèvements sur salaire pour « fait
de grève » ; le gouvernement ayant appelé les entreprises
publiques comme certaines administrations à la plus grande fermeté
en la matière.
Première conséquence, dans le secteur
public certains salariés pourraient recevoir des bulletins de salaires
proches de 0€. Autre problème récurant s’il en est,
celui des transports ; ce jeudi fut l’occasion encore pour les cheminots
de se faire entendre. A Belfort certains grévistes se sont rendus au
péage de Fontaine pour une opération péage gratuit. La
trentaine de grévistes a poursuivi son action durant une demi-heure.
A noter encore le Technoland d’Etupes qui a totalement été
bloqué par des militants CGT-FSU, des palettes avaient notamment été
déposées sur le rond-point principal qui mène à
la zone. Des barrages filtrants avaient également été
mis en place dans le secteur.
Un ciel
de traîne.
Au sortir de cette journée d’action, dans les transports, des
difficultés étaient encore perceptibles vendredi dernier. Si
les bus ont circulé normalement à Besançon, à
Belfort aucun bus de la CTRB n’a pu rouler, des manifestants extérieurs
à l’entreprise avaient bloqué le dépôt empêchant
ainsi le passage des cars. A la SNCF le dispositif spécial bac mis
en place la veille pour acheminer les candidats du bac philo aux salles d’examens
a été reconduit pour les élèves de premières
qui passaient quant à eux le bac français. Il aura fallu attendre
le début du week-end pour voir les derniers cheminots cesser leur mouvement,
c’était à Belfort. En grève totale depuis le 3
juin, les cheminots négociaient encore ce mardi les conditions de la
reprise. Autre catégorie de salariés à mener une action
de grève soutenue contre la réforme des retraites : les éboueurs
! Un conflit qui jusqu’au week-end dernier semblait s’enliser.
Les élus de l’opposition, au travers de Damien Meslot, avaient
même exigé de la municipalité qu’elle prenne ses
responsabilités. Quelques députés étaient allés
jusqu’à demander l’intervention de l’armée
pour déblayer les détritus qui s’amoncelaient depuis plusieurs
jours en référence à Marseille ou le maire Jean-Claude
Godin n’avait pas attendu les doléances de ses concitoyens pour
prendre les choses en main. A peine 24 heures après que la mairie ait
décidé de faire appel à des sociétés de
ramassage privées pour tenter de venir à bout de plus de 10
tonnes d’ordures, les éboueurs décidaient d’arrêter
leur mouvement. Les belfortains allaient donc peu à peu pouvoir reprendre
leur souffle, la canicule de ces derniers jours n’ayant rien arrangé
en amplifiant la propagation d’odeurs nauséabondes dans la ville.
Une dernière
journée pour le principe
Jeudi 19 juin enfin, la 8ème journée d'action interprofessionnelle
a ressemblé plutôt à baroud d’honneur. Une journée
d’action qui a plutôt peu mobilisé. Le matin même
à Besançon un rassemblement d’environ 70 enseignants s’était
formé devant le rectorat. Pour « clore » un printemps social
au moins aussi chaud que la canicule que nous connaissons, le syndicat Sud-Auto
avait rallié le mouvement. En Franche Comté, ils n’étaient
qu’un demi millier à manifester à Besançon contre
4.000 précédemment. On comptait une centaine de manifestants
à Vesoul et 700 à Belfort, où dans la matinée
une quarantaine d’enseignants s’étaient enchaînés
aux grilles de l’inspection académique, grilles desquelles ils
ont été délogés par les forces de l’ordres.
A noter enfin, le soir même à Audincourt, à l'invitation
des maires « Nouveau Parti Socialiste » du pays de Montbéliard,
un débat était organisé sur la question des retraites.
Une réunion visant selon les élus NPS à prouver que
« le système actuel des retraites est viable.
Le 16 juin dernier enfin, 72 heures avant cette 8ème journée
d’action nationale, Jean-Pierre Raffarin a décidé d’envoyer
à chaque foyer un courrier dans lequel il réaffirme le bien
fondé de la réforme engagée. De son coté, le PS
a diffusé un ouvrage expédié à près de
trois millions de français « triés » dans lequel
il explique ce que pourrait être une réforme alternative. Problème
néanmoins, chez nos confrères de France 3 la veille, Bernard
Thibault, le secrétaire général de la CGT, déclarait
que l’on était, quoi qu’on en dise, loin d’être
à la fin du film.



