Les finances et la culture n’ont
jamais fait bon ménage..
Qu’on
se le dise cela fait près de 10 ans que le système d’indemnisation
chômage des intermittents du spectacle était en sursis. Un régime
d’exception pour une exception culturelle et une réforme qui
divise la profession. Petite analyse d’un statut méconnu. Quand
le spectacle se fait coté jardin.
Mais qui sont donc ces intermittents du spectacle qui depuis quelques semaines manifestent, protestent et mettent en péril nos manifestations estivales ? Quel est ce métier qui au fond allie plaisir et travail ? Peut on prétendre à être payé toute l’année alors que l’on ne travaille que 6 mois de l’année ! Voici glanées ici et là quelques réflexions entendues ces dernières semaines à propos des intermittents du spectacle.
Qu’est
ce qu’un intermittent ?
Le terme d’intermittent du spectacle est avant tout un statut et non
une fonction, comme d’autres sont secrétaires ou plombiers avant
d’être intérimaires. Les intermittents du spectacle relèvent
d’un régime spécial d’indemnisation chômage
et de congés payés. Ce statut particulier est lié à
la spécificité de leur activité. Un metteur en scène,
un auteur ou un artiste interprète qui travaille à un nouveau
spectacle sera amené pendant plusieurs semaines, voir plusieurs mois,
à se consacrer entièrement à son oeuvre. Durant cette
période, il ne travaille pour personne et ne perçoit donc aucun
salaire. Or, la création d’œuvres fait partie de la richesse
et de la diversité culturelle de notre pays.
La diversité des intermittents ne s’arrête pas là.
Les ingénieurs du son, les éclairagistes, les régisseurs,
les techniciens qui montent et démontent les scènes et décors
d’un soir relèvent de ce régime spécial. Plus de
100 intermittents du spectacle concourent d’ailleurs à la retransmission
du tour de France pour France Télévision. Le statut d’intermittent
est conditionné au nombre d’heures effectué sur l’année
et du revenu annuel moyen déclaré par l’intéressé.
Les limites
du système.
Il est vrai que beaucoup de sociétés de production de toute
taille usent et abusent du système.
Il est en effet fréquent qu’un intermittent se voit proposer
un contrat de 6 jours payé 3, le reste étant pris en charge
par les ASSEDIC, la caisse se basant sur la moyenne annuelle des cachets que
les intermittents perçoivent, afin de calculer leurs indemnités
journalières. Un procédé qui contribue au déséquilibre
de ce régime, un déficit estimé à près
de 800 millions d’€uros. Autre problème, les faux intermittents.
Ils sont estimés à 30% de la masse totale. Ce pourcentage colossal
représente les fraudeurs du système. Certains n’hésitent
pas à acheter des cachets à des entreprises peu scrupuleuses
pour faire leur quota d’heures ; aujourd’hui 507 sur 12 mois.
Vous passez un accord avec une structure qui vous fourni de vrais cachets
pour de fausses prestations. Vous ne percevez évidemment pas de salaire,
certains peuvent aller jusqu’à échanger des chèques
pour qu’il y ait une sortie comptable. En contre partie vous réglez,
le plus généralement en liquide, le montant des charges que
représente le coût social de votre emploi fictif. Coût
nul pour l’entreprise, bénéfice net pour le fraudeur qui
pourra prétendre à une indemnisation chômage pouvant aller
jusqu’à 5 fois la mise.
Deux
poids, deux mesures.
C’est donc bien une réforme comptable qui est remise en cause
par les organisations syndicales aujourd’hui. Les accords signés
fin juin entre le MEDEF et la CFDT obligerait désormais les intermittents
à effectuer le même nombre d’heures sur une période
plus courte, 10 mois dans le cas présent.
Un protocole qui ne semble définitivement pas répondre au malaise
plus profond que rencontre ce régime. Oui, il est pénible de
voir que le festival d’Avignon, sans être encore annulé
n’a pas démarré ce mardi jour du mouvement de grève
national des intermittents. Certains s’étonnent et vocifèrent,
s’exclamant que les festivals sont en danger, que le spectateur est
pris en otage… Ces même gens oseraient’ ils avec autant
d’affirmation dans la voix pester contre les agents de la SNCF lorsque
ces derniers sont à l’origine de l’on ne sais combien de
centaines de kilomètres de bouchons faute de trains ? Non !



