C'est le livre qui accuse.
Dans son livre, "Le Monde selon K." paru ce matin chez Fayard, le journaliste Pierre Péan se livre à une critique violente des positions politiques de Bernard Kouchner, puis formule des accusations de conflit d'intérêt.
"Le Monde selon K." dénonce notamment les positions politiques de
Bernard Kouchner en particulier sur le rapprochement avec le Rwanda,
ainsi que sa proximité supposée avec les thèses américaines sur l'Iran,
le Darfour et l'ex-Yougoslavie.
Pierre Péan dit s'être intéressé à Bernard Kouchner à propos du Rwanda et de la nouvelle politique qu'il mène à l'égard de ce pays depuis son arrivée au quai d'Orsay.
Pierre Péan Frappe fort !
UN INDÉPENDANCE INTELLECTUELLE RELATIVE
- Pierre Péan estime que contrairement à la thèse communément admise, les Hutus ne doivent pas porter seuls, au Rwanda, la responsabilité des événements qui ont conduit au génocide de 1994.
- Pierre Péan estime que le président rwandais Paul Kagamé, un Tutsi, est un "dictateur" et que la politique actuelle de normalisation de Paris à son égard est erronée.
- Pierre Péan se penche aussi, sans s'étendre, sur les origines juives de Bernard Kouchner. "Bernard Kouchner dit-il, insiste sur sa double-judéité, affirmant paradoxalement qu'être à moitié juif, c'est être deux fois juif, comme s'il voulait indiquer qu'il faut chercher là le principal moteur de ses actes". Une pseudo justification qui permettrait selon Pierre Péan, de comprendre son engagement fort et constant auprès des minorités".
- Pierre Péan passe en revue les engagements humanitaires de Bernard Kouchner, ainsi que ses positions en tant que ministre et y trouve la plupart du temps un fil directeur, un alignement sur les positions des États-Unis et plus récemment sur celles des "néo-conservateurs" américains - un "cosmopolitisme anglo-saxon" auquel il associe au passage l'écrivain Bernard-Henri Lévy.
- Selon Pierre Péan, Bernard Kouchner et Bernard-Henry Lévy représentent l'"indépendance nationale honnie au nom d'un cosmopolitisme anglo-saxon, droit de l'hommiste et néolibéral, fondements de l'idéologie néo-conservatrice" (américaine) ecrit-il, "que nos nouveaux philosophes ont fini par rallier".
CONFLIT D'INTÉRÊT
L'auteur en vient en suite aux accusations de "conflit d'intérêt".
- Pierre Péan observe que la femme de Bernard Kouchner, la journaliste Christine Ockrent, a été nommée à la tête de l'audiovisuel extérieur français, "un conflit d'intérêt" qui aurait "choqué le moraliste qu'il (Bernard Kouchner) fut un jour".
La principale allégation concerne des activités de consultant dans le secteur de la santé en Afrique, entre 2002 et 2007.
- Selon Pierre Péan, Bernard Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés, Africa Steps et Iméda. Deux sociétés gérées par deux proches, alors qu'il présidait en même temps un groupement d'intérêt public, Esther, consacré à la coopération internationale hospitalière.Ces sociétés auraient vendu pour près de 4,6 millions d'euros de contrats de conseil sur la réforme des systèmes de santé au Gabon et au Congo.
Pierre Péan affirme qu'une partie de ces sommes n'a été recouvrée par les sociétés qu'après l'entrée en fonctions de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay, le 18 mai 2007.
L'écrivain assure que l'un des proches du ministre, Eric Danon, gérant d'Iméda et alors ambassadeur auprès de Monaco, a démarché les autorités gabonaises pour obtenir des règlements jusqu'en septembre 2007 mais ne fournit pas la preuve d'interventions du ministre après sa prise de fonctions.
BERNARD KOUCHNER N'A PAS FINI DE S'EXPLIQUER
Bernard Kouchner dit avoir agi dans la "transparence" et la "légalité" et va saisir la justice.
"A aucun moment au Gabon ou ailleurs je ne me suis servi de mes fonctions ministérielles" à des fins privées, a ajouté Bernard Kouchner en réponse à une question du député socialiste Jean Glavany.
Le Premier ministre François Fillon a dit sa "confiance" et son "respect" à Bernard Kouchner, estimant que "rien ne justifie que la réputation d'un homme soit ainsi piétinée suite à de simples allégations". Selon Arnaud Montebourg "Dans n'importe quel
autre pays, il y aurait déjà eu des explications précises, argumentées,
documentées pour savoir si les informations qui ont été délivrées par
la presse sont aussi graves qu'elles le paraissent". Affaire à suivre. (avec AFP).
A GAUCHE COMME A DROITE LES RÉACTIONS SONT PARTAGÉES
Martine Aubry la première secrétaire du PS considère Bernard Kouchner comme "un homme honnête". "Je ne dirai pas un mot de désagréable sur lui sur cette affaire, dont je ne connais rien"
Pour Claude Goasguen, député UMP de Paris, Bernard Kouchner devrait s'expliquer sur les allégations contenues dans le livre de Pierre Péan.



